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1.- Introduction au mainstreaming et à la
dimension du genre - approche et intégration du genre dans le processus
de décision
Le
mainstreaming du genre : une plus-value !
Le mainstreaming du genre fut entériné en 1995 lors de la 4ème Conférence
mondiale des Femmes organisée par les Nations-Unies à Pékin. Depuis
la ratification du Traité d’Amsterdam en 1997, il est inscrit dans
les missions de l’Union européenne (article 3). Mais que recouvre ce
concept ? Quels défis envisage-t-il de relever ? Et quelles sont les
applications concrètes que l’on peut en attendre ?
L’intérêt de l’approche de
genre
Au
fil du temps s’est imposée dans nos sociétés occidentales une
norme déterminée: celle de l’homme blanc, 40 ans, marié, père
de famille, actif et bien portant. C’est sur la base de cette norme,
aujourd’hui inconsciemment admise comme naturellement ‘neutre’,
que fonctionne notre société. Les transports publics ont ainsi été
pensés pour servir les intérêts de cette catégorie d’individus,
rendant très compliquée leur utilisation aux personnes handicapées,
aux personnes âgées ou à celles voyageant avec des voitures pour
enfants. De la même manière, l’industrie pharmaceutique, avant de
commercialiser de nouveaux médicaments, limite ses tests aux seuls
hommes alors que les femmes y réagissent différemment. Ces exemples
illustrent le fait que pour réussir totalement une politique ou une
action, il faut avoir envisagé consciemment leurs effets sur
l’ensemble de la population: les hommes ET les femmes, différents du
point de vue du genre mais qui peuvent aussi l’être aux niveaux de
l’ethnicité, de l’âge, de l’origine sociale, du niveau d’étude,
de l’orientation sexuelle, etc.
L’approche de genre prend
comme point de départ le fait que
les hommes et les femmes occupent des positions différentes dans la
société (marché de l’emploi, prise de décision économique et
politique, etc), ont des expériences de vie différentes liées au fait
qu’ils sont hommes ou femmes, ont intégré des valeurs différentes,
ont des attentes différentes dans leur vie professionnelle et dans leur
vie privée. Ces différences, qui assignent aux hommes et aux femmes
des rôles distincts, sont des constructions sociales qui découlent de
l’histoire, sont liées à la culture et ne sont pas figées.
Le genre fait donc référence à l’identité
sociale et culturelle d’homme ou de femme. C’est la traduction
sociale du sexe biologique, déterminée par une attribution des tâches,
des fonctions et des rôles propres à chaque sexe dans la société,
dans la vie publique et dans la vie privée.
Il s’agit d’une
définition culturelle de la
féminité et de la masculinité, qui varie dans le temps et dans
l’espace;
définition sociale , qui intègre
les relations (hiérarchisées) entre les femmes et les hommes, les tâches,
fonctions et valeurs traditionnellement attribuées aux hommes étant
considérées comme supérieures à celles traditionnellement attribuées
aux femmes.
Tenir compte du genre, c’est être
conscient que la « norme » masculine conditionne le fonctionnement de
notre société et que la société reflète cette norme par
l’ensemble de ses décisions politiques et de ses structures.
Intégrer le genre dans le
processus de la prise de décision
ou comment mettre à profit le
mainstreaming du genre?
Processus
riche issu de plusieurs décennies de travaux et de réflexion dans le
domaine de l’égalité entre les femmes et les hommes, le mainstreaming
du genre - ou ‘approche intégrée de l’égalité’, dite aussi
‘approche différenciée selon les sexes’ - est un processus
politique et technique qui intègre la perspective du genre dans la
gestion des affaires quotidiennes ET au sein des activités assurées
par les décideurs politiques.
Reconnue
et soutenue par l’Union européenne, qui en a fait auprès de tous ses
Etats membres une priorité politique, cette approche
transversale se raccroche au constat qu’une
politique - même apparemment ‘neutre’ du point du vue du genre
- agit toujours différemment sur les femmes et sur les hommes . Son
principal objectif est d’évaluer et de rectifier les répercussions
différentes que peuvent avoir les mesures législatives, les politiques
et les programmes d’actions sur les femmes et sur les hommes en tenant
compte des situations de vie et des réalités socio-économiques différentes
de ces deux groupes d’individus.
Le mainstreaming du genre
tient compte du principe d’égalité entre les femmes et les hommes
dans toutes
les phases et à tous les niveaux de la prise
de décision , et ce pour tous les domaines d’action. A ce titre,
il fait partie intégrante du processus d’élaboration des stratégies
et des politiques.
En dépassant la supposition implicite que les personnes discriminées
en tant que groupe sont désavantagées et n’auraient besoin que
d’un petit coup de pouce pour se raccrocher au mainstream
dominant, le mainstreaming constitue une étape supplémentaire à celle
des actions positives entreprises pour réajuster des situations inégalitaires.
Il s’agit de donner à ce mainstream
- le courant majeur - une autre signification, une stratégie ambitieuse
orientée vers le changement. Afin de pouvoir réaliser l’objectif général
d’une plus grande égalité entre les femmes et les hommes par le
biais d’une politique intégrée, les décideurs doivent porter des «
lunettes de genre » lors de la conception et de la mise en oeuvre de
l’ensemble de leurs politiques.
Si l’on s’en réfère à la proposition du groupe de spécialistes réunis
à Strasbourg en mai 1998 par le Conseil
de l’Europe , le mainstreaming est défini comme suit:
« L’approche intégrée
consiste en la réorganisation, l’amélioration, l’évolution et
l’évaluation des processus de prise de décision, aux fins
d’incorporer la perspective de l’égalité entre les femmes et les
hommes dans tous les domaines et à tous les niveaux, par les acteurs généralement
impliqués dans la mise en place des politiques. »
(Source: L’approche intégrée de l’égalité entre les
femmes et les hommes. Cadre conceptuel, méthodologique et présentation
des ‘bonnes pratiques’, Rapport final d’activités du Groupe de spécialistes
pour une approche intégrée de l’égalité, EG-S-MS (98) 2)
Dans sa communication du 21 février 1996, la Commission des Communautés européennes proposait quant à elle une
définition assez large du mainstreaming:
« Le défi est de construire un
nouveau partenariat entre les femmes et les hommes pour assurer la
participation pleine et entière des premières et des seconds, sur un
pied d’égalité, dans tous les domaines, ainsi qu’une répartition
équilibrée des bénéfices du progrès entre les unes et les autres.
Une telle mutation n’appelle pas seulement des avancées législatives
mais aussi une transformation proprement culturelle des comportements
individuels autant que des attitudes et pratiques collectives, et une
action politique résolue reposant sur la mobilisation la plus large.
[…]
Il importe, dans cette perspective, de promouvoir l’égalité entre
les femmes et les hommes dans l’ensemble des actions et des
politiques, et ce à tous niveaux. C’est ce que l’on appelle le
principe de « mainstreaming », que la Communauté a fait sien
et dont l’importance essentielle a été rappelée lors de la Conférence
de Pékin. Il s’agit , ce faisant, de ne pas limiter les efforts de
promotion de l’égalité à la mise en oeuvre de mesures spécifiques
en faveur des femmes, mais de
mobiliser explicitement en vue de l’égalité l’ensemble des actions
et politiques générales, en introduisant dans leur conception de façon
active et visible l’attention à leurs effets possibles sur les
situations respectives des femmes et des hommes (« gender
perspective »). Cela suppose d’interroger systématiquement ces
actions et politiques et de prendre en considération ces effets
possibles dans leur définition et leur mise en oeuvre: ainsi, les
politiques du développement, l’organisation du travail, les choix en
matière de transports ou la définition des horaires scolaires peuvent
avoir des impacts
différentiels significatifs sur les situations des femmes et des hommes
qui doivent dès lors être dûment pris en compte afin de contribuer
davantage à l’égalité entre les femmes et les hommes.
[…]
Prendre en compte systématiquement
les différences entre les conditions, les situations et besoins des
femmes et des hommes dans l’ensemble des politiques et actions
communautaires: telle est l’orientation du principe de
mainstreaming que la Commission a adopté.»
(Extrait de la communication de
la Commission des Communautés européennes intitulée Intégrer l’égalité
des chances entre les femmes et les hommes dans l’ensemble des
politiques et actions communautaires (COM(96) 67 final du 21 février
1996)
Intégrer
le genre dans le processus de la prise de décision, c’est atteindre
l’équilibre et donc l’efficacité des actions et stratégies mises
en oeuvres.
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