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Le changement de position des femmes dans notre société constitue
une évolution fondamentale. Elles sont de moins en moins dans une
situation subordonnée dans la famille et dans le travail. Mais ce qui
est parfois appelée une " révolution silencieuse " paraît
singulièrement inachevée en France. Comment l’expliquer, quelles
solutions privilégier et au nom de quelles finalités ? Telles sont les
questions que Dominique Meda traite dans cet ouvrage clair, écrit dans
un style alerte, dont l’intérêt ne se dément pas au fil des pages.
Le constat d’abord. Sans méconnaître les avancées des femmes depuis
les années 1960, l’auteur pointe leur surnombre dans le chômage et
l’emploi précaire, dans les inégalités salariales et leur
concentration dans certains secteurs professionnelles, alors que les
femmes sont désormais, en moyenne, plus diplômées que les hommes…
L’explication majeure tient dans le poids des charges familiales et
domestiques, la " double journée " mise en évidence depuis
longtemps par les mouvements féministes. La société ne s’est pas
adaptée à la nouvelle situation des femmes au travail qui souhaitent désormais
travailler tout au long d’une vie professionnelle. La société,
c’est-à-dire les lois, la fiscalité, les entreprises, les partis et
les syndicats. Dominique Meda met bien en évidence le poids des réalités
culturelles, sociales et politiques qui ont empêché une véritable
conciliation des vies familiale et professionnelle, même si elle
rappelle l’importance de la loi Roudy hier, et aujourd’hui, de la
loi Génisson.
La partie la plus intéressante du livre porte sur les perspectives
d’avenir. Dominique Meda récuse la rémunération du travail
domestique. Il comporte une part affective qui ne se monnaye pas. Elle
introduirait une spécialisation des rôles entre les hommes et les
femmes alors qu’il faut aller justement dans le sens inverse.
Dominique Meda plaide fortement pour une réorganisation en profondeur
du travail et des rythmes de vie pour tous, pour les hommes comme pour
les femmes. La question la plus urgente est alors d’assurer les
services nécessaires aux femmes pour que l’emploi ne soit plus un
problème mais une solution. L’auteur s’appuie, pour illustrer sa
conviction, sur des expériences européennes de sociétés qui réalisent
des adaptations importantes, la Suède, le Danemark, la Finlande qui ont
fortement développé les services, les Pays-Bas où le temps partiel
long devient un objectif pour tous, l’Italie avec le " temps des
villes "…
Bref, il est temps d’avoir un grand débat politique comme le demande
la conclusion de l’ouvrage. Car, il ne s’agit pas seulement d’une
réflexion sur l’égalité entre les sexes (ce qui serait déjà
important) mais aussi de propositions qui engagent la manière dont nous
voulons construire une protection sociale moderne centrée sur
l’emploi. Les mesures récentes prises par Ségolène Royal pour aider
à la reprise d’activité des femmes indiquent le sens. Mais, il faut
que les acteurs de la société française, le secteur privé comme le
secteur public, s’engagent également.
Alain Bergounioux
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Madame Dominique Meda, Inspecteur à l’Inspection Générale des Affaires Sociales occupe actuellement les fonctions de chef de la mission
"animation de la recherche" à la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques au Ministère de l’Emploi et de la Solidarité en
France. Elle est également maître de conferences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Auteur de nombreux travaux sur le travail des femmes, en
particulier sur les répercussions de l’organisation des temps de travail sur les femmes.
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