Le temps de la vie quotidienne
le temps des villes 
sur l'agenda politique

 

 

LES TEMPS DE LA VIE QUOTIDIENNE
LE TEMPS DES VILLES
sur l’agenda politique

http://www.ville.gouv.fr/infos/dossiers/temps.html

Après l’Italie, précurseur en la matière dès le milieu des années 80, et les pays nordiques, la France s’engage à son tour dans un processus de réaménagement des temps sociaux dans les villes (vie professionnelle, vie familiale, loisirs et vie associative) afin d’harmoniser les horaires des services avec la vie des citoyens.

“Le temps des villes” est une question désormais inscrite sur l’agenda politique avec, le 19 juin 2001, la remise d’un rapport commandé à M. Edmond Hervé, Député-Maire de Rennes et la tenue d’une conférence gouvernementale sur le sujet qui se tient en septembre au Festival International de la Ville à Créteil consacré aux “temps de la ville”.

Des expérimentations ont déjà été lancées dans quelques villes (Saint- Denis, Poitiers, Territoire de Belfort, Département de la Gironde) et vont être étendues à d’autres métropoles avec l’ouverture de “bureaux du temps” à Paris, Lille et progressivement dans d’autres villes.

“Le temps des villes” qu’est-ce que c’est ?

 Il s’agit d’abord d’un constat partagé par d’autres pays européens qui dénoterait l’émergence d’une nouvelle civilisation urbaine. La société a changé et avec elle les aspirations des habitants, plus particulièrement celles des femmes qui veulent pouvoir concilier vie au travail et vie hors travail.

Avant, la vie était articulée autour des régimes horaires économiques, industriels (8-17h), institutionnels, religieux qui rythmaient la vie quotidienne. Dans une société de service les citoyens font face à des désynchronisations croissantes de leurs horaires qui se traduisent en temps contraint et en temps subi. Environ 30% de Français travaillent ainsi avec des horaires décalés. Avec le chômage, le travail à temps partiel, la notion même d’heures “creuses” s’estompe dans les transports. Les “35 heures” sont venues amplifier ce phénomène, le lundi, le mercredi et le vendredi changent de nature. Les inégalités sociales existantes sont renforcées par des inégalités temporelles d’accès aux droits et à la ville, plus particulièrement pour des populations en difficulté.

“Le temps des villes” c’est donc, compte tenu de ces changements, la manifestation d’un besoin d’améliorer le fonctionnement de la ville. Dans les quartiers de la politique de la ville notamment, l’accessibilité à la ville doit être repensée. Les “bureaux du temps” sont là pour offrir cet espace de débat à tous ceux qui sont prescripteurs d’horaires ou qui les subissent.

Il s’agit, pour résumer, de faciliter la vie quotidienne des citoyens, de concilier « la ville qui travaille, la ville qui dort et la ville qui s’amuse » (Luc Gwiazdzinski)

A quels domaines s’applique cette politique ?

 A tous les domaines, pourrait-on dire, puisqu’il s’agit d’améliorer la qualité de la vie quotidienne pour concilier vie au travail et vie hors travail.

Il ressort cependant d’après de nombreuses enquêtes, consultations, tables rondes, que les attentes des usagers concernent notamment la mobilité, l’accessibilité, les services publics et les modes de garde des enfants.

Vivre mieux, en effet, c’est pouvoir se déplacer facilement et rapidement. La mobilité s’accroît et se complexifie. Les motifs de déplacement se transforment. Les usagers veulent pouvoir circuler la nuit. La mise en place des “Noctambus” à Paris, par exemple, a connu un véritable succès. La RATP a également noté depuis 1997 une nette croissance des trafics les week-ends et pendant l’été. Vivre mieux, c’est aussi pouvoir accéder aux différents services publics sans être obligé de s’absenter de son travail et c’est encore trouver des modes de garde pour ses enfants à proximité de chez soi, quels que soient ses horaires de travail.

Mais les usagers souhaitent aussi avoir accès aux commerces sans contrainte d’horaires, aux loisirs, aux soins. Les théâtres devront-ils ouvrir 7 jours sur 7 ? L’aide à domicile doit-elle être maintenue le dimanche ? Faut-il aussi modifier les rythmes scolaires pour respecter ceux de l’enfant ? Comment aider les personnes en difficulté, isolées, âgées ? “Le temps des villes”, comme on le voit, touche tous les secteurs de la société. Il s’agit d’une politique transversale et qui ne peut se passer d’une concertation entre élus, usagers, habitants et salariés. Car la question se pose, la ville doit s’adapter mais jusqu’où ? Faut-il envisager des villes fonctionnant 24h sur 24 ? Quels compromis trouver entre les demandes des citoyens pour une ville en continu et les intérêts des salariés ?

Qui s’en occupe ?

En Italie, ce sont les mouvements féministes qui ont fait bouger les choses. En France, les femmes sont intervenues plus timidement (Colloque de Poitiers en 2000, “le temps des femmes”) en parallèle avec des travaux de prospective menés par la DATAR. Depuis, le gouvernement s’est saisi de ce dossier. Le Premier ministre a confié à Claude Bartolone, ministre délégué à la Ville et à Nicole Péry, secrétaire d’Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle la charge d’explorer ce champ de réflexion en organisant des consultations, en commanditant rapport et enquêtes, en initiant des expérimentations et en menant des missions d’études dans divers pays européens (Allemagne, Italie, Hollande).

Les différentes initiatives

- le rapport Hervé sur “les temps de la ville”

Si les chercheurs en France se sont depuis très longtemps intéressés à ces problèmes de temporalité, les études et les enquêtes se sont cependant multipliées ces dernières années. Le mouvement s’est encore accéléré sous la pression politique et M. Claude Bartolone, ministre délégué à la Ville et Mme Nicole Péry, secrétaire d’Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle ont commandé un rapport à Edmond Hervé, Député-Maire de Rennes qu’il a remis le 19 juin 2001. Edmond Hervé a pour mission de mettre en évidence à la fois les enjeux politiques nationaux et locaux et les possibilités de mise en œuvre d’une démarche temporelle. Le but est d’établir une charte du temps pour les élus afin de les aider à s’engager dans cette nouvelle voie.

Pour réaliser ce rapport, tous les secteurs ont été auditionnés, emploi, culture, jeunesse et sport, transports, santé, éducation nationale, etc.. « Il s’agit, explique Dominique Laousse chargé de mission à la DIV, de tenir compte aussi des “inégalités temporelles” qui touchent notamment les personnes âgées, des femmes seules vivant dans des banlieues mal desservies, des femmes au chômage, etc. ». Autant de thèmes qui intéressent la politique de la Ville.

- La conférence gouvernementale sur “les temps de la vie quotidienne”

Le 20 septembre 2001, se tiendra à Créteil en ouverture du Festival International de la Ville une conférence gouvernementale intitulée “les temps de la vie quotidienne” conclue par M. Lionel Jospin, Premier ministre.

Au cours de cette manifestation, les maires de grandes villes européennes et françaises confronteront leurs expériences et leurs projets en la matière. Des élues témoigneront de leur volonté d’engager de nouveaux modes d’action pour que leurs villes battent au rythme de leurs habitants. Tout cela traduit une volonté politique d’engager de nouveaux modes d’action publics fondés sur un renforcement de la démocratie participative.

- Une étude du CERTU : “Nouveaux rythmes de travail et rythmes de demain”

Fin 2001, le CERTU (Centre d’Etude sur les Réseaux, les Transports et l’Urbanisme), qui dépend du ministère de l’Equipement, et ARAVIS (Agence Rhône Alpes pour la Valorisation de l’Innovation) vont publier un ouvrage collectif intitulé “Nouveaux rythmes de travail et rythmes de demain” . Des tables rondes ont été organisées avec des entreprises, des collectivités locales, des représentants de l’Etat, des citoyens, des salariés, etc..

Même si ces travaux sont encore en cours, il apparaît déjà, selon Lucie Tortel, chargée de mission, que les 35 heures et les nouveaux rythmes de travail ne font qu’accroître un mode de vie à deux vitesses et renforcer les inégalités existantes, particulièrement dans le domaine temporel.

Dans cet ouvrage une partie importante sera réservée aux politiques publiques actuellement mises en place, l’objectif final étant de mettre au point une méthodologie, et d’offrir aux collectivités locales des outils, des savoir-faire (“bureaux de temps” ) mais pas seulement.

- A la RATP, un vaste programme de recherche sur le “temps des villes "

La RATP s’intéresse depuis longtemps à la question des rythmes urbains et aux adaptations des systèmes de transport associées. La RATP a déjà organisé un colloque en 1996 sur ce thème intitulé “Entreprendre la ville. Nouvelles temporalités, nouveaux services”.

Depuis deux ans, pour prolonger ces réflexions, un véritable groupe de travail s’est constitué au sein du Conseil national des transports (CNT) sous la présidence du PDG de la RATP, Jean-Paul Bailly, avec Edith Heurgon, responsable de la mission prospective à la RATP, pour rédiger un rapport “Nouveaux rythmes urbains, quels transports ?” .

Ce rapport souligne les évolutions de la société et leurs conséquences sur les rythmes de la vie quotidienne, des déplacements notamment ceux qui ne sont pas liés au travail, soit la nuit ou à l’occasion de manifestations particulières (fête de la musique). Cet ouvrage identifie les enjeux politiques soulevés et propose des orientations pour concilier les temps sociaux et coordonner les services au sein des territoires.

- A la Datar, on expérimente

Depuis le début de l’année 2000, la DATAR a commencé un travail de prospective sur l’articulation des temps et des territoires. Des réunions ont eu lieu, des séminaires ont été organisés sur le terrain pour évaluer les besoins et des sites ont été choisis comme lieux d’expérimentation selon une démarche de formation-action. « Il y avait déjà eu du travail de fait sur ces territoires » explique la chargée de mission, Christel Alvergne.

Après l’obtention d’un financement par le Fonds national pour l’aménagement du territoire (FNADT), des chantiers ont été mis en place dans quatre sites suffisamment différents pour que les problématiques ne soient pas les mêmes.

Dans le département de la Gironde, les questions de ruralité, de personnes âgées et de tourisme sont au centre des débats. Dans l’agglomération de Poitiers, un bureau du temps a été ouvert avec un travail de terrain sur la participation des habitants qui a débouché sur l’organisation de “mardis du temps” , forums publics thématiques. Sur le territoire de Belfort, les problèmes traités ont davantage porté sur la mobilité interrégionale et transfrontalière. A Saint-Denis, ont été abordés les conséquences des flux de population sur le fonctionnement de la ville (étudiants, tourisme patrimonial et événementiel) ainsi que les modes de garde d’enfants.

L’objectif reste de mettre au point une méthodologie transposable à partir de ces expériences. Le projet est en tous cas de multiplier ces expérimentations. Christel Alvergne parle d’étendre ces expériences à une ville nouvelle un parc national. « L’important, dit-elle, c’est qu’il ne s’agisse pas d’un feu de paille mais de politiques durables ». La DATAR et la DIV sont en train de monter un projet dans le cadre notamment du programme européen “Equal” (Fonds social européen) pour mettre en réseau ces expériences, diffuser les pratiques, lancer d’autres projets.

- A Paris, 4 bureaux du temps

A Paris, le lancement des premiers bureaux du temps dans le 9ème, 15ème, 18ème et 20ème doit être effectif dès le mois de juin 2001. Dans un an l’expérience, si elle est concluante, sera étendue à tous les arrondissements parisiens. L’idée est de permettre une réflexion sur les horaires de la ville en consultant aussi bien les usagers que les entreprises et les élus. La DIV et la DATAR accompagneront cette démarche pour contribuer à définir le lieu et le contenu des débats, établir un diagnostic des questions et soutenir les initiatives. Les réponses devront être spécifiques à chaque quartier et coproduite avec les habitants.

L’échéancier politique

- Le 19 juin, présentation du rapport d’Edmond Hervé à la Maison de la RATP. Deux

enquêtes ont été également présentées à cette occasion : une étude de la SOFRES commandée par le gouvernement et l’enquête sur la réduction du temps de travail réalisée par le ministère de l’Emploi et de la solidarité (DARES)

- Le 20 septembre, dans le cadre du Festival de la Ville à Créteil, le Premier ministre a tenu une conférence sur le thème des “temps de la vie quotidienne” .

© DIV - 20 juin 2001  Rédaction : Marion Desjardins  Photo : Achdou/Urba Images

EN SAVOIR PLUS

 Discours de Lionel Jospin : Conférence des temps de la vie quotidienne 20 septembre 2001
Discours de Claude Bartolone : Conférence des temps de la vie quotidienne 20 septembre 2001

Le rapport Edmond Hervé sur le Temps des villes 19 juin 2001 (71 pages - pdf - 120 ko)
La synthèse du rapport   19 juin 2001 (23 pages - pdf - 60 ko)

 Discours de Claude Bartolone : Remise du rapport Hervé sur “Le temps des villes” 19 juin 2001

 Discours de Claude Bartolone : Rencontres nationales “Temps des villes, temps des femmes” 18 mai 2000

 Discours de Nicole Pery, secrétaire d’Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle 19 juin 2001 (9 pages - pdf - 12 ko)

 Les résultats du sondage Sofres/ministère de la ville “Les Français et le temps dans la ville” 19 juin 2001 (27 pages - pdf - 120 ko)

 Le commentaire du sondage 19 juin 2001 (17 pages - pdf - 40 ko)

 Le dossier complet édité par Mercure, le portail des territoriaux
1er juin 2001 (38 pages - pdf - 276 ko)

 Les autres documents avec i.ville.gouv.fr

  SITES

 http://www.certu.fr Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques
 http://www.datar.gouv.fr Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale
 http://www.dagindeling.nl  Pays-Bas : secrétariat d’Etat à l’aménagement du temps

A LIRE

 “Nouveaux rythmes urbains : Quels transports ?” - Jean-Paul Bailly, Edith Heurgon. Ed. de l’Aube, 2001

 “Le temps des femmes. Pour un nouveau partage des rôles” - Dominique Méda. Ed. Flammarion, 2001

 “Habiter le temps” - Jean Chesneaux. Ed. 1996

 “La ville et l’urbain. L’état des savoirs” - Thierry Paquot, Michel Lussot, Sophie Body- Gendrot (dir.), Paris, La Découverte, 2000.

 Emplois du temps. Les annales de la Recherche Urbaine, n°77, décembre 1997

 Revue “Territoire 2020” (DATAR)

 “Les temps de notre temps” - Revue Française des Affaires Sociales, n°3, juillet- sept. 1998

A SIGNALER

 Colloque de Centre Culturel International de Cerisy “Modernité : la nouvelle carte du temps” du 18 au 25 septembre 2001 (Renseignements, tél. 02 33 46 91 66)

CONTACTS DIV

 dominique.laousse@ville.gouv.fr