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Table de concertation en matière de violence conjugale du territoire de la communauté urbaine de Montréal; Comité d'action femmes et sécurité urbaine; Table de concertation en matière d'agressions à caractère sexuel - région de Montréal, 2000. Catalogue CDEACF: 343.6-055.2(1-21)Pel 2000
La sécurité des femmes :
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Ainsi, le CAFSU oriente ses actions sur la nécessité de :
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En 1993, grâce à une subvention du Secrétariat d’État, le CAFSU organise la campagne de sensibilisation Et si 2 millions de femmes et d’hommes décidaient de s’allier pour la sécurité des femmes en ville et le forum Agir pour une ville sans peur. Ce dernier avait pour but de favoriser les échanges sur différents projets visant à accroître la sécurité des femmes dans les villes de Hull, Montréal, Ottawa et Toronto.
En 1995-96, le CAFSU organise le Prix sécurité des femmes J'aime Montréal
bien sûre! L’objectif de ce concours était de reconnaître et d’encourager
publiquement les activités et les projets réalisés par divers organismes
communautaires, entreprises et institutions
publiques pour améliorer la
sécurité des femmes en milieu urbain. Les projets déposés devaient tous
poursuivre les objectifs préconisés par le CAFSU et s’inscrire dans l’une des
quatre catégories suivantes : autonomie des femmes, environnement sécuritaire
des lieux publics, partenariat et responsabilisation des hommes. Un répertoire
des projets soumis a ensuite été publié afin de susciter les échanges sur ce qui
a été fait comme sur ce qui pourrait être fait. Plus de 26 projets ont alors été
soumis et les membres du jury ont remis sept prix aux organismes lauréats.
Le service Entre deux arrêts, devenu permanent depuis janvier 1996, permet
aux femmes se déplaçant seules le soir de demander au chauffeur, après 17h30
l’hiver et 21h l’été, de descendre de l’autobus entre deux arrêts du parcours
régulier. Résultat d’un exercice
de partenariat entre la Société de transport
de la Communauté urbaine de Montréal (STCUM), le CAFSU et les groupes de femmes,
ce service contribue à accroître l’autonomie des femmes dans la mesure où elles
décident à quel endroit descendre pour se sentir en sécurité.
En 1997, le CAFSU mène une enquête sur le développement des politiques institutionnelles pour prévenir le sentiment d’insécurité et la violence faite aux femmes sur le territoire de la Communauté urbaine de Montréal. Cette enquête visait à savoir si les différents établissements publics et privés contactés avait, dans leur milieu respectif, mis sur pied une politique ou des programmes pour contrer la violence faite aux femmes tels que des cours d’autodéfense ou des projets relatifs à l’aménagement sécuritaire.
En 1998, dans les suites de cette enquête, une recherche sur la sécurité et le sentiment de sécurité des infirmières et auxiliaires qui travaillent à domicile a été menée au CLSC Petite Patrie. Les résultats de cette recherche ont été publiés en janvier 2000.
Nous réalisons actuellement l’inventaire et l’évaluation des cours
d’autodéfense pour femmes offerts sur le territoire de la Communauté urbaine de
Montréal. Parmi ceux-ci, certains rejoignent plus que d’autres les objectifs du
CAFSU. Aussi, pour procéder
à l’évaluation des cours qu’il recommandera, le
CAFSU retient différents critères : l’importance de l’information reçue sur la
problématique et sur ses liens avec la socialisation des femmes, de même que
l’augmentation du sentiment de sécurité des femmes et de leur confiance pour se
défendre. L’un des objectifs du projet est de permettre aux femmes démunies
financièrement, issues des communautés culturelles ou à risque d’accéder plus
facilement à des cours d’autodéfense. Les résultats seront publiés au cours de
l’année 2000.
Le CAFSU prépare également un séminaire pour promouvoir les outils d’aménagement sécuritaire des lieux publics. Il existe des guides et des outils pour aider les urbanistes, les architectes et les groupes locaux à s’assurer que les aménagements réalisés favoriseront le sentiment de sécurité des femmes. Ce séminaire aura également lieu au cours de cette année.
Le projet Concertation/ promotion actuellement en cours vise à faciliter les échanges entre les instances locales, régionales et mondiales sur les différentes actions et approches qui touchent à la problématique de la sécurité et du sentiment de sécurité des femmes en milieu urbain. C’est dans cette même veine que le CAFSU élargira son membership pour accueillir tous les organismes locaux ou régionaux qui réalisent des activités liées à la sécurité des femmes.
Je conclurai brièvement en ajoutant quelques mots sur la question du
partenariat. Le CAFSU se compose de représentantes et de représentants
d’institutions publiques, de groupes de femmes et d’organismes communautaires.
Ces sept années de collaboration
nous ont permis de constater que chaque
milieu a sa propre culture organisationnelle, ce qui a une incidence directe sur
la façon dont les décisions sont prises et sur les moyens dont les partenaires
disposent. Aussi avons-nous beaucoup à apprendre du travail en partenariat.

Anne Michaud, Ville de Montréal, CAFSU
Au cours des dix dernières années, l’importance d’agir pour accroître la
sécurité et le sentiment de sécurité des Montréalaises a fait consensus parmi un
ensemble de partenaires communautaires et publics. Vous en êtes la preuve
puisque vous êtes ici aujourd’hui,
mandatées ou déléguées par vos
organisations. De nombreux comités intersectoriels sont nés tant sur le plan
local que régional pour mettre en commun nos efforts et nos ressources.
Toutefois, même si nous travaillons toutes et tous pour la sécurité des femmes, l’expérience des dernières années nous démontre que nous ne ramons pas nécessairement dans la même direction et que cela peut nuire à l’efficacité de nos interventions. Tous les facteurs qui entourent la problématique de la sécurité des femmes sont complexes et c'est l’analyse que nous en faisons qui guide nos actions, nos pratiques et surtout les messages de sensibilisation et de prévention destinés aux femmes et aux filles, aux hommes et aux garçons et à la collectivité en général. Par notre pratique intersectorielle, nous avons de plus en plus l’occasion de nous voir agir sur le terrain et d’assister au développement d’un discours par les médias et les pouvoirs publics sur la question de la sécurité urbaine. Bien des enjeux sont en cause, dont certains d’ordre politique qui ajoutent à la complexité des messages à faire passer à la population. Ces messages sont parfois contradictoires. On peut se demander quels en sont les effets sur les citoyennes et les citoyens.
Dernièrement, pendant une réunion du CAFSU, nous avons fait un remue-méninges dont le but était de chercher des exemples de ces messages véhiculés dans le cadre de nos activités de sensibilisation et de prévention. Nous partagerons avec vous nos cogitations dans le jeu des conseils de prévention que nous ferons plus tard ensemble.
À l’analyse, on constate que certains messages visent à renforcer l’autonomie des femmes, la liberté de mouvement, l’affirmation de soi et l’engagement de la communauté, alors qu'à l’inverse, d’autres messages semblent indiquer qu’il faut privilégier le recours à la protection pour accroître son sentiment de sécurité : protection d’un homme réel ou virtuel, d'un chien ou de gadgets en tous genres. Mon exemple préféré : certains conseillent aux femmes habitant seules de faire croire qu’elles ont un homme chez elle en mettant des bottes d’homme à leur porte.
J’aimerais faire ressortir certaines idées qui sont mises de l’avent par les
médias et les pouvoirs publics et dont nous remettons la logique en question.
Une des affirmations répandues est que Montréal est une ville sécuritaire. On
considère que Montréal est une
ville sécuritaire lorsque l’on compare les
taux de crimes rapportés dans les grandes villes nord-américaines. Alors, si
Montréal est une ville sécuritaire et que deux femmes sur trois ont peur de
sortir seules le soir, c’est parce que c’est dans leur tête… Elles n’ont pas
raison d'avoir peur et leur sentiment d’insécurité n’est pas légitime. Donc les
femmes sont responsables de leur sentiment d’insécurité.
Mais en même temps qu’on dit aux femmes que Montréal est sécuritaire, on leur donne des conseils de prévention et on leur dit de se protéger. Mais se protéger de quoi si Montréal est sécuritaire et qu’il n’y a pas de danger ? Alors s’il arrive quelque chose (car il arrive des choses…), on leur dit que c’est parce qu’elles n’ont pas appliqué les conseils de prévention et qu’elles ne se sont pas assez protégées. Ce qui créé un état de confusion et, encore une fois, fait reposer sur les épaules des femmes la responsabilité non seulement du sentiment d’insécurité mais aussi de l’agression ou du problème qui est survenu. Comme le dit l’expression anglaise "Damned if you do, damned if you don't".
Autre raisonnement problématique : on établit une corrélation entre le nombre d’agressions rapportées dans les rues de la ville et le taux de sentiment de sécurité. Alors on dit : s’il y a moins de crimes qui sont rapportés dans un quartier ou dans la ville, les femmes devraient se sentir plus en sécurité. Or les femmes ne se sentent toujours pas plus en sécurité. Pourquoi ?
D’abord parce dans le cas des agressions à caractère sexuel, on sait que les
crimes rapportés ne représentent qu’environ 10% du taux réel de crimes; donc 90%
ne figurent pas dans les statistiques officielles. Ces 90% d’agressions non
recensées ont bel et bien un
effet sur le sentiment d’insécurité des femmes.
Ensuite, le sentiment d’insécurité des femmes est dû non seulement à l’ensemble
des formes que prend la violence à leur égard (dont la violence conjugale, le
harcèlement sexuel, les agressions sexuelles), mais aussi aux inégalités
socioéconomiques qui persistent entre les deux sexes.
Prenons l’exemple d’une femme vivant en situation de pauvreté, seule ou chef
de famille monoparentale avec trois enfants, qui vit dans un quartier
défavorisé, dans un logement insalubre, qui est dépendante du transport en
commun et qui a peu de mobilité et
d’éducation. Son estime de soi, sa
confiance en elle et donc son sentiment de sécurité risquent de ne pas être très
élevés, même si elle n’a jamais été victime d’une agression commise dans un lieu
public.
Il faut donc défaire cette corrélation pour revenir aux causes multiples du sentiment d’insécurité et aux facteurs connexes qui l’alimentent, où le nombre d'agressions rapportées commises dans les lieux publics figure parmi tant d’autres.
Lorsque l’on parle des autres facteurs, hormis celui d’être femme, on fait référence à l’âge, à l’absence d’autonomie financière, à un handicap, à la méconnaissance de la langue d’usage et à l’isolement. Tous ces facteurs font que les femmes vivent une double discrimination et qu’elles sont vulnérables à plusieurs points de vue. Il est certain que ces femmes n'auront pas un sentiment de sécurité très élevé.
Troisième problème de raisonnement : quand on regarde les statistiques, on se
rend compte que les femmes sont surtout agressées chez elles par quelqu’un
qu’elles connaissent. Entendu encore il y a deux semaines à la radio : " Ah bon!
Si elles se font agresser par
des hommes qu’elles connaissent, alors elles ne
devraient pas avoir peur des étrangers quand elles sortent de chez elles le soir
" . Penser que les femmes se sentent plus en sécurité avec des inconnus le soir
dans la rue puisqu’elles se font agresser par des proches est une aberration du
point de vue de l’expérience des femmes.
Je voulais simplement donner des exemples de discours publics avec lesquels nous sommes aux prises et qui nous nuisent lorsque l’on intervient sur le terrain. Il nous faut toujours ramer à contre-courant pour réaffirmer ce qui nous guide dans l’action, c’est-à-dire la réalité telle que vécue et ressentie par les femmes. Le CAFSU s’est d'ailleurs donné comme premier objectif de reconnaître le sentiment d’insécurité des femmes comme indicateur privilégié pour l’analyse et pour l’action dans tous les projets qu’il met en œuvre.
Il faut que les femmes sachent que non, elles ne sont pas folles, que chacune n’est pas seule à vivre cette insécurité, que le poids de la responsabilité doit être réparti entre tous les membres de la collectivité. Il est important que les femmes soient entendues dans l'expression de ce qu'elles ressentent, qu’on reconnaisse que ce qu’elles vivent est tout à fait légitime. C’est à ces conditions que l’on peut véritablement les accompagner dans une démarche vers l’autonomie et l’empowerment.
Leona Heillig a parlé de la recherche que le CAFSU a menée au CLSC Petite Patrie. Nous voulions documenter l'insécurité des infirmières et des auxiliaires familiales dans un contexte de maintien à domicile : ce qu’elles vivent au CLSC, pendant le trajet entre le CLSC et le domicile et, finalement, au domicile des patients. C’est extrêmement riche de rencontrer les femmes et de leur donner l’espace pour qu’elles puissent témoigner de ce qu’elles vivent.
L’ensemble des recommandations issues de cette recherche proviennent donc
directement des témoignages et de la prise en compte de l’expérience rapportée
par les femmes. Les solutions concrètes qui peuvent être mises en place
découlent de la reconnaissance de
leur expérience. Ce même type de recherche
devrait être mené dans deux ou trois autres CLSC pour dégager des tendances. Le
travail est d’ailleurs amorcé puisque des intervenantes et intervenants de la
Direction de la santé publique (santé et sécurité au
travail) ont reconnu la
pertinence de la démarche du CAFSU, et que nous avons mis à leur disposition
tous les outils méthodologiques conçus pour notre étude.
C’est aussi sur l’expérience des femmes que repose le concept " d’aménagement
sécuritaire du point de vue des femmes ". Paradoxalement, le handicap de
l’insécurité des femmes peut-être utilisé comme un atout pour rendre
l’environnement urbain plus
sécuritaire. Comme on dit, " si c’est bon pour
les femmes, c’est bon pour tout le monde ". Comme les femmes sont celle
souffrent le plus de l'insécurité, les solutions qu'elles proposent entraînent
des améliorations qui profitent à tous. Nous avons donc besoin de l’expérience
des femmes pour développer, aménager nos espaces publics et organiser les
services urbains.
Je voulais simplement vous faire part de certains raisonnements qui peuvent poser problème quand on travaille sur le terrain. Alors qu’on essaie d’avoir un discours convergent, des citoyennes reçoivent des conseils et des avis contradictoires de la part de divers intervenantes et intervenants. Cela génère des frustrations entre nous puisque nous avons l'impression d'annuler nos efforts respectifs. C'est pour ces raisons que nous avons organisé ce séminaire : pour commencer à approfondir les échanges entre nous et à débattre de nos points de vue. Également pour comprendre les fondements de nos orientations et de notre intervention auprès des femmes qui ne demandent qu'à vivre dégagées des contraintes posées par l'insécurité, et à circuler librement sur la route les menant à leur plein épanouissement.
Le travail terrain
du
Développement québécois
de la sécurité des femmes
(DQSF)

Michèle Charland, DQSF
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Lors du séminaire, Michèle Charland avait préparé une analyse de la
sécurité |
Je suis une femme qui travaille surtout sur le terrain, alors je ne ferai pas
un très long historique de Développement québécois de la sécurité des femmes. Je
voudrais seulement vous dire qu’il existe depuis maintenant huit ans. Au fil des
années, nous avons travaillé
avec beaucoup d’associations provenant des
communautés culturelles, avec des femmes qui ont des limitations fonctionnelles,
des femmes sourdes, des groupes en région et des administrations municipales.
Cette expérience a permis de développer une réflexion
et une pensée sur la
sécurité des femmes.
Disons tout d’abord que ma réflexion a beaucoup évolué quoique le sentiment de sécurité est et a toujours été à la base de mon analyse. Par contre, il semble y avoir deux positions importantes défendues par des femmes qui travaillent en sécurité ou qui ont un intérêt pour ce sujet.
Il y a celles qui vivent avec un sentiment d’insécurité et qui l’expriment. Auparavant, les femmes parlaient de façon plus discrète de ce type de sentiment, soit dans les centres d’aide ou dans les groupes de femmes. Au fur et à mesure qu’on a davantage entendu parler de ce sentiment, les femmes ont exprimé leurs expériences et revendiqué une plus grande sécurité, ce qui est un besoin légitime.
Quant à l’autre tendance, plus théorique, elle est défendue par des femmes qui font de la sécurité féminine une préoccupation constante. À mon avis, celles-ci ont développé un discours sur tout ce qui relève du phénomène de la crainte.
Les tenantes de ces deux pôles ont élaboré leurs propres stratégies d’action. Nous, au Développement québécois de la sécurité des femmes, nous avons plutôt choisi de travailler avec les personnes qui expriment leur sentiment d’insécurité et qui cherchent des solutions pour le surmonter. À partir du moment où ce sentiment est exprimé, notre organisation analyse dans quelle mesure il contraint, limite ou altère les activités des personnes.
Je fais une parenthèse parce que je considère important d’apporter de l’espoir sur ce front. Il y a vingt-cinq ans, j’enseignais l’autodéfense, perçue à l’époque comme une action subversive. Les cours d’autodéfense n’étaient donc pas subventionnés par l’État. Ils étaient critiqués par les médias et impopulaires chez les groupes de femmes. Les gens se demandaient comment des femmes pouvaient apprendre à se battre. C'est intéressant de s’en rappeler pour constater que l’autodéfense fait maintenant partie des modes d’intervention positifs. Certaines actions que l’on peut mener aujourd’hui sont au stade où en était l’autodéfense il y a 25 ans.
La première action dont je vais vous parler est importante parce qu’elle
représente un créneau accessible à de nombreuses personnes ici. Nous l’appelons
Les intervenants sympathiques. Il s’agit en fait d’identifier des groupes de
personnes susceptibles de
jouer des rôles rassurants dans la société, étant
donné que le sentiment d’insécurité a pour effet, entre autres, de modifier les
repères sociaux rassurants des individus. Par exemple, on parle beaucoup des
incivilités, ou ce que les gens considèrent comme une atteinte à l’ordre social
: quelqu’un qui passe devant toi dans une file d’attente ou qui te bouscule. La
notion d’incivilité peut aller jusqu’à l’agression, qui est la rupture la plus
totale du lien civil entre les gens. Les incivilités peuvent sembler banales.
Mais on se rend compte que c’est souvent derrière ce concept qu’on voit
apparaître le spectre d’une agression plus importante. Donc, c’est un élément à
considérer et sur lequel on peut agir.
Pour ce qui est des intervenants sympathiques, le Développement québécois de la sécurité des femmes a travaillé avec la Ville de Granby en 1995 pour former des chauffeurs de taxi. Ce programme de formation avait pour titre Taxi plus .
Il est important de spécifier que nous avons mis plus d’un an et demi à convaincre les partenaires, les chauffeurs de taxi et leur syndicat, la Ville de Granby du rôle qu’ils pouvaient jouer en matière de sécurité des femmes. Cette expérience nous a permis de constater que, sans le savoir, les chauffeurs de taxi viennent souvent en aide aux gens dans le cadre de leur travail. Notre projet a donc eu pour effet de revaloriser leur profession et d’instituer de nouvelles pratiques.
Grâce à une subvention du Conseil national de la prévention de la criminalité, nous pouvons maintenant faire la promotion de ce projet et l’étendre à d’autres villes et à d’autres organismes. Il est important de pouvoir répéter des expériences qui fonctionnent bien, dont les retombées sont aussi positives.
Et puis, il faut dire qu’il n’y a pas que les chauffeurs de taxi qui ont été
repérés comme étant des intervenants sympathiques. Il y a les gens qui
travaillent à la voirie par exemple. Je sais que les préposés aux contraventions
de la Ville de Montréal, que nous appelons
les " aubergines ", voudraient
jouer un rôle social plus grand. Enfin, il y a plusieurs possibilités avec ce
type de projet.
Une autre action que nous avons mise de l’avant s’appelle Tant et tant de visages. Le projet s’adresse aux mère de famille dans les quartiers de Montréal, celles-ci étant préoccupées par la sécurité de leurs enfants. Nous avons donc rassemblé des mères et exploré leurs besoins. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au Développement québécois de la sécurité des femmes, on essaie d’éliminer les intermédiaires entre les individus et les actions. Nous travaillons en partenariat pour beaucoup d’actions, mais développons une relation directe avec ces partenaires.
De ce projet, il ressort clairement que les mères sont inquiètes. Un des aspects du projet s’appelle Les MOMS (mères organisatrices du mouvement de sécurité). Il consiste à former dix mères qui en recrutent six autres. Le bassin expérimental comprend donc 60 femmes.
Nous soutenons l’analyse que les femmes font de leurs besoins en sécurité et les stratégies d’actions qu’elles veulent mettre de l’avant.
Notre organisme travaille aussi avec différentes communautés culturelles. Par exemple, nous avons organisé Les événements de Chevas, à partir des besoins exprimés par des femmes immigrantes rencontrées dans les marchés publics. Il s’agit d’un vaste programme de résolution de problèmes dans les écoles.
Il y quatre ans, en 1995, nous avons organisé dans les marchés publics ce qu’on a nommé Marché conclu. Dans le cadre de cette activité, nous avons monté des kiosques qui nous ont permis de rencontrer plusieurs femmes de différentes cultures. Elles nous disaient ce que signifie pour elles le mot sécurité. Les femmes nous ont donc parlé de toutes sortes de sujets; l’événement se tenait en quatorze langues. Pour la plupart, la sécurité de leurs enfants, particulièrement de leurs adolescentes et adolescents dans les écoles secondaires, faisait partie de leur préoccupation majeure. Elles nous affirmaient d’emblée, et ce toutes cultures confondues, que l’école secondaire est une grosse machine où la violence est omniprésente. Individuellement, elles se sentaient impuissantes à agir mais éprouvaient le besoin d’entreprendre une action qui donnerait aux jeunes la capacité de transformer leur école notamment au chapitre de la violence.
Pendant six mois, trois écoles ont participé à un projet expérimental. Au
total, 70 jeunes se sont inscrits et 24 ont été sélectionnés. Ceux-ci devaient
s’entraîner à résoudre des problèmes. L’activité a connu un succès au-delà de
nos attentes. C’est pourquoi nous
avons réuni un comité pour en évaluer
l’impact. Le projet sera consolidé pendant trois ans avant d’être disponible
pour l’ensemble des écoles du Québec.
Malheureusement, ce genre de projet ne suscite pas l’enthousiasme des
partenaires financiers et s’insère moins bien dans des agendas politiques. Les
bailleurs de fonds à qui nous nous sommes adressés ont refusé de nous accorder
des subventions. Ce projet
ne fonctionnerait jamais, disaient-ils.
À mon avis, il faut avoir le courage de soutenir les projets qui peuvent
paraître moins crédibles aux yeux des organismes subventionnaires. Si on a le
sentiment que le projet est cohérent et qu’il aura du succès, il faut aller de
l’avant et croire qu’un groupe peut soutenir l’initiative. À cet égard, le
Développement québécois de la sécurité des femmes demeure ouvert aux idées qui
viennent en aide aux personnes dont le sentiment de sécurité a été
altéré.
La notion d’incivilité
À la suite des présentations des trois conférencières, une partie de la
discussion a porté sur la notion d’incivilité. Celle-ci est complexe à
circonscrire dans la problématique de la sécurité des femmes en milieu urbain.
Nous rapportons ici les propos de quelques
participantes.
Les incivilités constituent un domaine de recherche important puisqu’elles
renvoient à la notion de droits humains, de droits sociaux. Par exemple, quand
quelqu’un jette un papier par terre, notre civisme nous pousse à lui demander de
mettre ce papier à la poubelle.
Dans ce cas-ci, aucune loi, aucun système ne
régit ce type de comportement. En fait, c’est notre conscience sociale qui
s’exprime. On applique ainsi des principes liés à notre citoyenneté, à notre
identité collective. À partir du moment où ce système est remis en
question
par un geste jugé inapproprié, on se sent menacé.
Beaucoup croient important d’agir contre les incivilités liées au bruit ou
aux odeurs car elles peuvent susciter des comportements et des propos racistes.
Voici un exemple très concret : quelqu’un demande à un autre individu de cesser
d’utiliser certaines épices dans sa cuisine sous prétexte que l’odeur qui s’en
dégage empeste l’immeuble. Qui commet l’incivilité et comment l’interpréter de
part et d’autre? Où se situe le respect des droits de l’un et de l’autre? Comme
la notion d’incivilité varie selon les valeurs et les cultures, des situations
délicates peuvent engendrer des frustrations, voire des agressions, d’où ce
sentiment d’impuissance à modifier des états de fait. La notion d’incivilité
comporte un volet philosophique et social qui pourrait faire l’objet d’une
attention et d’une formation plus
soutenues.
Une participante soulève à cet effet le cas des intervenantes et intervenants
qui travaillent à Montréal sans y habiter, comme les infirmières qui donnent des
soins à domicile. Une étude pilote menée dans un CLSC montréalais a montré que
dans ce cas précis, ces dernières habitent majoritairement en banlieue, mais
desservent une clientèle montréalaise. Elles disent ressentir de l’insécurité à
cause de certains comportements comme des gens qui crient d’un balcon à l’autre
et par la simple présence de communautés culturelles avec lesquelles elles ne
sont pas familières. De cette étude, il a donc été proposé que ces intervenantes
reçoivent une formation sur la réalité socioéconomique des quartiers montréalais
et sur les relations interculturelles. Cela permettrait, entre autres, de
diminuer les préjugés qui peuvent eux-mêmes devenir facteurs d’insécurité, et
surtout de relativiser ce qui peut être perçu comme
des incivilités.
À la suite de cette intervention, l’auditoire s’interroge sur les liens qui
existent entre la pauvreté et la violence si on considère que des quartiers
montréalais plus pauvres que d’autres sont reconnus comme étant moins
sécuritaires. La violence faite aux femmes
n’est-elle pas présente partout,
peu importe les milieux et les cultures? Il est très facile pour celles et ceux
qui proviennent de milieux privilégiés de se dire à l’abri de la violence. Mais
la réalité peut être toute autre.
Le service de police et l’insécurité des femmes
Une autre participante émet ce commentaire : chez les policiers, il est
difficile de reconnaître la légitimité de la peur vécue par les femmes. D’autant
plus que dans ce milieu, on a l’habitude de faire appliquer la loi. " Quand
c’est blanc, c’est blanc, quand c’est noir,
c’est noir", rappelle-t-elle.
Comment faire pour démystifier le sentiment d’insécurité que vivent la plupart
des femmes? Serait-il possible de mettre une couleur sur le sentiment
d’insécurité, sans que ce soit blanc ou noir?
À ce questionnement, une intervenante répond qu’il est vrai que les hommes
sont peu sensibilisés à la réalité de la sécurité des femmes, et encore moins
les policiers. Il faut, poursuit-elle, que les policiers se mettent en mode
d’écoute et au second plan, pour
tenter de comprendre une réalité qu’ils ne
vivent pas et ainsi apporter leur soutien aux femmes. Quand on parle de
développer des actions du point de vue des femmes, cela signifie que les
intervenants doivent apprendre à agir à partir du vécu que les
femmes
expriment plutôt que d’agir en protecteurs ou de façon paternaliste,
et tenter de
"convaincre" ces dernières que ce qu’elles ressentent n’est pas
justifié.
Un travail de base reste à faire pour que les policiers soient plus sensibles à la réalité des femmes. Par exemple, leurs consœurs, leurs sœurs, leurs femmes ou leurs filles pourraient, au cours d’une activité, leur parler de ce qu’elles vivent au quotidien en matière d’insécurité.
Les quartiers et la sécurité des femmes
La question de la sécurité dans les quartiers est un thème qui revient
souvent. Une participante se demande si la notion de quartier veut toujours dire
quelque chose. N’est-ce pas une nostalgie du temps du Québec rural où les
quartiers montréalais représentaient
une paroisse, un village? Pour les
femmes d’aujourd’hui, qui côtoient par exemple les autres mères à la garderie,
qui ont des liens avec leurs collègues de travail ou encore avec les membres de
leur club d’aérobie, le quartier est-il encore l’endroit premier où développer
un lieu d’appartenance, où organiser des activités de sécurité? Autrement dit,
dans quel rayon d’action peut-on intervenir compte tenu de cette mobilité et de
la diversité des lieux d’appartenance?
Dans le cas de Tandem Montréal, la notion de quartier est primordiale. En fait, les quartiers font la ville. Mais il faut être conscient que les activités quotidiennes se déroulent à la fois dans le quartier et dans la ville. Concrètement, une femme peut habiter Pointe-St-Charles, mais devoir se déplacer au centre-ville pour travailler, faire ensuite un détour par Notre-Dame-de-Grâce pour assister à la partie de baseball de son garçon. Il est donc indispensable d’avoir une vue d’ensemble à l’échelle de la ville. Tandem Montréal peut cependant organiser des activités plus personnalisées pour rejoindre les gens. La résidente de Pointe-St-Charles n’assistera pas à une rencontre d’information à Notre-Dame-de-Grâce mais pourra aller à celle dans son quartier.
L’insécurité et les réseaux de femmes
Une participante se demande si toutes les femmes vivent la même insécurité. Une foule de variables est à l’origine influent sur l’intensité du sentiment d’insécurité comme le quartier où on habite. Il est donc important, convient-on, de faire des nuances.
De l’avis d’une intervenante, le sentiment d’insécurité dépend du réseau que les femmes tissent autour d’elles. L’expérience nous montre que celles qui ont un réseau très fermé (qui gravite autour de la famille) se sentent menacées dès qu’elles en sortent. À l’opposé, celles qui ont des réseaux qu’on appelle uniplex (famille, amies, travail, voisinage ) disposent de lieux pour exprimer leurs peurs et recevoir un certain réconfort.