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Conférence de
l'OCDE |
http://www.dhgender.org/cdrom98/ccg97/3/040203.htm L'architecture sexuée : http://www.globenet.org/horizon-local/shelter/archisxb.html
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| Conférence de l'OCDE "Les femmes et la ville : logement, services et environnement urbain " Paris, 4-6 octobre 1994 Dans un rapport intitulé "Une ville adaptée aux femmes : politiques d'organisation des horaires dans les villes italiennes" (1 994), Mme Carmen Belloni, professeur en Italie, a fourni à la Conférence un intéressant exemple de planification urbaine se basant plutôt sur des considérations de temps que sur des considérations d'aménagement de l'espace. L'initiative est née du dysfonctionnement des villes et de la conscience qu'une infrastructure urbaine défectueuse pénalisait certains segments de la population plus que d'autres, et notamment les femmes. Une loi cadre a été adoptée en Italie, en 1990, qui offre aux autorités locales la possibilité de prendre de nouvelles mesures. Ces mesures visent à faciliter la vie des citadins, et surtout la vie quotidienne. Le fait que les hommes politiques et les administrateurs publics qui se sont intéressés à ces problèmes aient été principalement des femmes, n'est d'ailleurs nullement un hasard. Le mouvement qui s'est développé autour de ces idées et qui les a mises au point était fondamentalement novateur dans son analyse. Traditionnellement, le développement urbain a été régi par une vision spatiale ou par une division rigoureuse taylorienne-fordienne rigoureuse du temps, donnant la priorité au temps du travail et de la production sur tout autre temps public ou privé. La proposition novatrice de réorganisation de la vie urbaine tournait autour de la notion de flexibilité, non seulement en termes d'aménagement de l'espace - par exemple, en créant des structures et des zones plurifonctionnelles - mais aussi en termes d'organisation du temps. L'idée de base était que les rythmes fixes et le déroulement routinier de la vie urbaine contraignaient les citadins. On citait en particulier les femmes, qui tout au long de la journée, de la semaine ou même de leur vie sont constamment obligées de maintenir un équilibre entre leurs multiples tâches. D'une manière générale, la loi de 1990 apportait sa caution à certains principes d'autonomie locale, mais elle contenait aussi un article sur la coordination des horaires urbains. Cette coordination ne pouvait être imposée d'autorité, mais elle a été adoptée par les villes ou les municipalités progressistes où les femmes étaient organisées. L'application de la loi a suivi deux directions principales. La première a consisté à étudier les horaires urbains, y compris les horaires sociaux, individuels et familiaux et à agir ensuite sur ces données. Une enquête nationale sur l'utilisation du temps a été réalisée par l'Institut national de la Statistique (1993), en se référant à des budgets-temps et en introduisant la variable hommes/femmes. De cette enquête il ressort que la majeure partie du temps et aussi des ressources et de l'énergie) était dépensée pour les activités reproductives, assurant l'entretien des individus et des familles. Ces activités comportent les tâches ménagères, les courses et l'approvisionnement, la gestion du ménage, les démarches administratives, les soins à donner aux enfants, aux personnes âgées et aux malades. Il a aussi été constaté que cette somme de travail, très importante socialement, mais peu visible, bien que quantitativement plus grande que la somme du travail rémunéré, plus visible, n'avait que très rarement fait l'objet de mesures d'action publique. Un autre fait très important a été mis en lumière par la recherche, à savoir que la charge de travail reproductif quotidien, qui permet la survie des individus et des familles, pesait principalement sur les femmes adultes, lesquelles servent de lien ou de liaison entre l'organisation privée et l'organisation publique et collective de la vie sociale. D'où la nécessité pour les femmes, soit de rester hors du marché du travail, soit de chercher à travailler dans des emplois à horaires plus réduits (en Italie, en général, l'administration publique ou les écoles, où le salaire et le prestige sont relativement bas). De plus, les femmes ayant moins de temps libre, il leur est plus difficile de participer à la vie sociale et elles se déplacent moins dans la ville. L'enquête a clairement montré que les femmes étaient moins mobiles que les hommes, qu'elles s'éloignaient moins loin de chez elles (certaines choisissent même leur emploi en fonction de ce critère) et qu'elles ne sortaient pas le soir. Dans certaines villes de Toscane et de Ligurie, notamment dans la ville de Milan, des Plans de développement du temps ont été élaborés, analogues aux Plans de développement urbain régissant l'aménagement de l'espace urbain. Ces plans s'appuient sur une analyse préliminaire des besoins différenciés des divers segments de la population. Dans certains cas, des données ont été collectées et organisées pour informer les habitants sur la coordination complexe des horaires urbains et le fonctionnement des services. Diverses méthodes ont été utilisées, qui vont de la publication de brochures à la mise en service de lignes téléphoniques spéciales pour aider les habitants, ou à la production de cassettes vidéo. Dans certaines villes, des organismes politiques, dénommés "Conseils des horaires", ont été créés pour mener des négociations entre les différents partenaires sociaux sur les modifications d'horaires proposées. En ce qui concerne les services bureaucratiques locaux et les services administratifs de la ville elle-même, il a été constaté que les heures d'ouverture posaient souvent des problèmes aux familles, car les bureaux ne sont en général ouverts au public que pendant des périodes très courtes, et surtout le matin. De plus, les heures d'ouverture des différents services n'étant pas coordonnées, les usagers de ces services sont souvent obligés de faire de multiples déplacements et de s'absenter de leur travail (surtout la femme, qui est le membre de la famille le moins bien payé et dont l'emploi est le moins important). Cependant, pour diverses raisons, il était difficile de proposer aux commerçants de changer leurs heures d'ouverture. Le commerce étant très fragmenté en Italie, on ne pouvait pas imposer ce type de mesures. La circulation et la mobilité, notamment dans les grandes villes, se sont révélées particulièrement problématiques. Les longs trajets domicile-travail, que les hommes font généralement en voiture, ont des effets négatifs sur ceux qui les font, sur leur famille et sur l'environnement. Pour leur part les femmes dépendent davantage des transports en commun, lesquels sont souvent inadéquats et peu fiables. L'insuffisance des transports publics marginalise et isole les femmes, et donc une amélioration de la circulation et des transports ne peut que favoriser la participation des femmes à la vie urbaine, et plus généralement les droits des citadins. Les mesures pratiques susceptibles d'améliorer la circulation et les transports sont, par exemple, l'introduction d'une plus grande souplesse des horaires scolaires, l'aménagement de pistes cyclables, des accords avec les chauffeurs de taxi en vue de réduire ou de subventionner le prix des courses le soir, ou dans les endroits les moins accessibles, ou encore dans les zones à haut risque. Le mouvement visant à mieux comprendre les emplois du temps des familles et les horaires des administrations urbaines, en Italie, s'est également intéressé aux mesures de politique sociale, notamment aux mesures susceptibles de faciliter la vie des citadins qui ont à s'occuper des autres. Il est possible, par exemple, d'allonger les horaires quotidiens des crèches et des jardins d'enfants, de même que leurs périodes de fonctionnement durant l'année. On peut aussi organiser des services de baby-sitting pour le soir ou pour de courtes périodes durant la journée. On peut aménager des salles de lecture et des centres récréatifs pour les enfants d'âge préscolaire et pour les heures post-scolaires. Des activités peuvent être organisées pour les enfants durant les vacances scolaires. Des "banques de temps" peuvent être créées, dans le cadre de réseaux de parents, pour permettre aux membres du réseau de faire des échanges de temps pour la garde des enfants. Concernant les personnes âgées, le développement de l'aide médicale à domicile et de services de transport, pour les conduire aux hôpitaux et aux centres de santé et les ramener, peut réduire leur dépendance vis-à-vis des autres membres de la famille. L'aide ménagère (pour le ménage, les courses etc.) pour les personnes âgées indépendantes, mais faibles, peut avoir le même effet. Les centres récréatifs et les centres de réunion pour les personnes âgées peuvent leur fournir des réseaux sociaux alternatifs. Les premières tentatives d'application de la loi ont eu à la fois des effets positifs et des effets négatifs. Côté positif, en attirant l'attention sur l'inégalité de la répartition du travail dans la gestion de la vie quotidienne urbaine, cette approche a encouragé la multiplication d'études et d'enquêtes sur la vie quotidienne dans la ville. Ces études ont porté sur les femmes. Elles ont aussi permis de mettre en lumière la qualité et l'organisation des services urbains et de voir dans quelle mesure les facteurs architecturaux et la conception de la ville étaient ou non adéquats. Le processus lui-même a entraîné un effort de coopération et a encouragé une approche multisectorielle du développement urbain. Au sein des services publics urbains, un processus de réflexion s'est engagé quant à l'organisation du travail et à la nécessité de recycler le personnel. Certaines institutions sont allées jusqu'à organiser des cours sur la planification des horaires et des emplois du temps urbains, et une Association de Planification des Horaires urbains a été créée, dont les objectifs et les statuts tiennent compte de la variable hommes/femmes. Côté négatif, comme il s'agissait de quelque chose d'absolument nouveau, le mouvement a suscité des oppositions et même des conflits ouverts. Certains employés et consommateurs, qui se sont laborieusement créé des mécanismes personnels pour arriver à harmoniser les horaires "en dents de scie" de la vie citadine, ne sont pas contents des changements qui perturbent leur organisation personnelle et leur routine familiale. De plus, il y a conflit entre les femmes usagers des services ou consommateurs, qui réclament plus d'efficacité et de souplesse, et les femmes qui travaillent (par exemple, dans les commerces, les écoles ou la fonction publique . Ces dernières ont souvent choisi leur profession en raison des journées de travail plus courtes et n'ont aucune envie de travailler plus longtemps ou à des heures différentes de celles auxquelles elles sont habituées. Le réseau complexe des intérêts qui composent la structure organisationnelle de la ville montre bien que ni les femmes, ni les hommes ne constituent des catégories homogènes et qu'une réorganisation urbaine réalisant l'égalité sociale ne saurait se faire uniquement par la rationalisation et par des approches linéaires. |