Rythmes urbains et TC
De l'espace au temps
Source :
http://www.gart.org/lettres/let0200.htm#femmes
Nouveaux horaires de travail, nouveaux types de mobilité : les
services publics et les transports vont devoir s'adapter à des rythmes
urbains qui évoluent. Comment ? Éléments de réflexion avec l'exemple
de la démarche italienne.
Les réflexions menées en Italie sur l'adaptation des services
publics aux nouveaux rythmes de vie ont été engagées dès 1985, sous
l'impulsion d'un mouvement mis en branle par les femmes qui souhaitaient
pouvoir concilier vie de famille et vie professionnelle.
En 1990, ces réflexions débouchaient sur une première série de
dispositions législatives, permettant aux maires de pouvoir coordonner
les horaires des services publics sur les rythmes de vie et de travail
de la population.
Redistribution temporelle
Ces rythmes, en pleine évolution, sont structurés par trois facteurs,
selon Sandra Bonfiglioli, professeur au département des sciences du
territoire de l'université polytechnique de Milan.
Le premier tient dans les nouveaux types d'horaires de travail (développement
du temps partiel, mise en uvre en France des 35 heures...).
Le deuxième a trait au passage d'une société industrielle à une société
post-industrielle. Si, dans les régions industrielles, "la rue est
uniquement le canal de transport le plus rapide pour se rendre d'un
point à un autre",
dans les régions à mobilité post-industrielle "elle est utilisée
de façon fonctionnelle, selon une géographie de déplacements".
Le troisième facteur, enfin, relève de la "mobilité à grande échelle".
Le pôle urbain n'est plus réservé à ses seuls résidents, mais
accueille trois types de populations temporaires, selon Sandra
Bonfiglioli : "les consommateurs de loisirs et de services de la
ville, ceux qui viennent y travailler tous les jours, ceux qui viennent
pour raisons d'affaires".
La conjugaison de ces trois facteurs conduit à redessiner les rythmes
urbains et à les redistribuer de "façon totalement nouvelle"
sur la base du jour, de la semaine, de la saison et de l'année. La
quantité de la population et sa distribution temporelle varient ainsi
selon des rythmes variables. La demande de transport devient donc tout
aussi variable.
Mobilité participative
Pour maîtriser celle-ci, il faut "agir sur sa construction",
c'est-à-dire intervenir sur les horaires d'ouverture des magasins, des
services publics, des écoles... C'est l'objet des pactes locaux de
mobilité, qui commencent à être mis en oeuvre dans un certain nombre
de villes italiennes.
Visant à "adapter les horaires des services publics aux temps
individuels de la vie privée et au temps collectif des organisations de
travail", ils reposent sur une démarche participative, associant,
comme à Bolzano, la Chambre de commerce, les entreprises, les
syndicats, les services publics, les établissements scolaires, la
population. Au travers de leur mise en place, il s'agit d'"améliorer
la réponse à la demande de mobilité, en privilégiant les transports
collectifs".
Ce type de démarche participative a déjà été instituée dans
certaines villes pour désynchroniser les horaires d'ouverture des établissements
scolaires afin que les élèves n'empruntent pas les transports en
commun aux heures de pointe. Des maires ont ainsi créé un partenariat
avec les directeurs d'établissements, les syndicats et les parents d'élèves,
pour modifier les horaires en tenant compte des impératifs pédagogiques.
Le décalage d'une demi-heure de ces horaires a eu un "effet
positif sur le trafic, notamment dans les petites villes", note
Sandra Bonfiglioli.
Les premiers enseignements de cette politique temporelle du territoire
vont faire l'objet d'une "instrumentalisation technique", dans
le cadre d'un réseau créé en 1995, regroupant cinq universités (en
Italie, France, Allemagne, Espagne, Irlande) et vingt collectivités
européennes (Hambourg, Poitiers, Saint-Denis, Bolzano...).
Il s'agira d'élaborer des cartes chronotopiques qui, en donnant une
représentation temporaire de la mobilité - c'est-à-dire en dessinant
le rythme d'utilisation d'un lieu et des populations qui s'y trouvent -,
constitueront un "outil de base pour l'action publique". C.G.
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