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le
techno-quotidien Vincent
Kaufmann, e mail: Vincent.Kaufmann@irec.da.epfl.ch, Pourtant, aujourd'hui, les transports c'est aussi la
trivialité, la banalité du quotidien, l'astreinte des contraintes de
toute sorte, bref, l'ennui et la fatigue. Comment s'en libérer? Voilà
matière à rêver! Beaucoup de visionnaires s'y attellent. Ils voient
de nouvelles technologies, qui vont toutes nous libérer de ces
contraintes: le transport sera rapide, presque instantané, aseptisé,
on nous assure qu'on ne sera plus fatigué, puisqu'on ne ressentira
presque plus le fait même du déplacement. Mais que restera-t-il donc
du mouvement, de la perception de l'espace? D'autres rêvent d'une
convivialité retrouvée grâce à une insertion sociale par la proximité,
qui serait peu ou prou imposée par la voie juridique. Mais ne
serions-nous pas captifs, emprisonnés dans un bonheur imposé? D'autres
complètent cette vision et en appellent à la dissolution du transport
dans un monde virtuel où la sédentarité serait d'une certaine manière
absolue. Toutes ces visions mettent à mort le caractère festif du déplacement
et sa magie. Bien souvent, en voulant libérer l'homme des contraintes
du transport, c'est sa mobilité même qu'on tue, par des vitesses
excessives ou un retour à la marche. Monomaniaque
heureux, Vincent Kaufmann vient de déposer sa thèse sur le sujet qui
l'obsède depuis des années: les transports, la mobilité quotidienne
et les migrations. Collaborateur à l'Institut de recherche sur
l'environnement construit (IREC), rattaché à l'EPFL, ce sociologue est
à l'aube d'une carrière académique. Il s'estime pourtant déjà
privilégié. Son poste, il le doit à deux professeurs qui ont mouillé
leur chemise pour débloquer des crédits: «Je sais que ce n'est pas
toujours le cas!» Vincent Kaufmann a consacré un mi-temps à sa thèse.
Il a aussi établi des échanges privilégiés avec des chercheurs européens.
En même temps, il s'est démené pour créer son propre réseau de
bailleurs de fonds. Même dans un centre de compétences comme l'IREC,
qui regroupe une trentaine de chercheurs, les postes ne sont assurés
que dans la mesure où les mandats affluent. En souriant, il précise: «J'ai
un petit côté vendeur de tapis! Puisque je n'ai pas le pouvoir de
changer le système, je fais ce qu'il faut pour décrocher des crédits.»
Il reconnaît avoir eu la chance que son sujet s'inscrive dans une problématique
actuelle. Après sa soutenance de thèse, Vincent Kaufmann espère décrocher
une bourse du Fonds national pour un post-doc en Angleterre. Pas de
soucis pour le retour: il pourra probablement réintégrer l'IREC et
poursuivre ses recherches dans le même domaine, chose rare en sciences
sociales. Et le cas échéant, il lui reste un joker: «J'ai hésité
entre beaux-arts et sociologie. Si je me fais éjecter du système, je
reprendrai des études d'art!»
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