La magie du déplacement 
le techno-quotidien

  

 

le techno-quotidien

dessin Enrico


La magie du déplacement

Vincent Kaufmann, e mail: Vincent.Kaufmann@irec.da.epfl.ch
EPFL-DA, Institut de recherche sur l'environnement construit 
Source:  http://sic.epfl.ch/SA/publications/FI97/fi-sp-97/sp-97-page26b.html 


Les transports font rêver, ont toujours fait rêver de liberté, de grands espaces.

 Pourtant, aujourd'hui, les transports c'est aussi la trivialité, la banalité du quotidien, l'astreinte des contraintes de toute sorte, bref, l'ennui et la fatigue. Comment s'en libérer? Voilà matière à rêver! Beaucoup de visionnaires s'y attellent. Ils voient de nouvelles technologies, qui vont toutes nous libérer de ces contraintes: le transport sera rapide, presque instantané, aseptisé, on nous assure qu'on ne sera plus fatigué, puisqu'on ne ressentira presque plus le fait même du déplacement. Mais que restera-t-il donc du mouvement, de la perception de l'espace? D'autres rêvent d'une convivialité retrouvée grâce à une insertion sociale par la proximité, qui serait peu ou prou imposée par la voie juridique. Mais ne serions-nous pas captifs, emprisonnés dans un bonheur imposé? D'autres complètent cette vision et en appellent à la dissolution du transport dans un monde virtuel où la sédentarité serait d'une certaine manière absolue. Toutes ces visions mettent à mort le caractère festif du déplacement et sa magie. Bien souvent, en voulant libérer l'homme des contraintes du transport, c'est sa mobilité même qu'on tue, par des vitesses excessives ou un retour à la marche.

Que rêver alors? Je rêve que l'on abandonne cette fuite en avant technologique, cette approche compétitive en termes de temps gagné ou perdu, d'argent gagné ou perdu, par une approche sensée dont l'objectif serait exclusivement sensible et qualitatif, et permettrait de restaurer la magie du déplacement. C'est peut être le plus utopique de tous les rêves...


Les débuts prometteurs
Vincent Kaufmann, sociologue
28 ans, marié


Monomaniaque heureux, Vincent Kaufmann vient de déposer sa thèse sur le sujet qui l'obsède depuis des années: les transports, la mobilité quotidienne et les migrations. Collaborateur à l'Institut de recherche sur l'environnement construit (IREC), rattaché à l'EPFL, ce sociologue est à l'aube d'une carrière académique. Il s'estime pourtant déjà privilégié. Son poste, il le doit à deux professeurs qui ont mouillé leur chemise pour débloquer des crédits: «Je sais que ce n'est pas toujours le cas!» Vincent Kaufmann a consacré un mi-temps à sa thèse. Il a aussi établi des échanges privilégiés avec des chercheurs européens. En même temps, il s'est démené pour créer son propre réseau de bailleurs de fonds. Même dans un centre de compétences comme l'IREC, qui regroupe une trentaine de chercheurs, les postes ne sont assurés que dans la mesure où les mandats affluent. En souriant, il précise: «J'ai un petit côté vendeur de tapis! Puisque je n'ai pas le pouvoir de changer le système, je fais ce qu'il faut pour décrocher des crédits.» Il reconnaît avoir eu la chance que son sujet s'inscrive dans une problématique actuelle. Après sa soutenance de thèse, Vincent Kaufmann espère décrocher une bourse du Fonds national pour un post-doc en Angleterre. Pas de soucis pour le retour: il pourra probablement réintégrer l'IREC et poursuivre ses recherches dans le même domaine, chose rare en sciences sociales. Et le cas échéant, il lui reste un joker: «J'ai hésité entre beaux-arts et sociologie. Si je me fais éjecter du système, je reprendrai des études d'art!»

Sa spécialité: Mobilité et pratiques modales. Développements conceptuels autour de la notion de mobilité géographique et sociale. Etude de l'utilisation des différents moyens de transport et des raisons qui sont à l'origine de ces pratiques. Application possible: modifier les comportements en matière de transport et les diriger de l'automobile vers des moyens dits écomobiles.

Formation: Licence en sociologie à l'Université de Genève, doctorat en sciences de l'EPFL (décembre 1997).

Situation actuelle: Collaborateur scientifique à l'IREC.