Trop difficile, trop
cher, trop compliqué : ce sont les objections les plus
fréquemment entendues au sujet de l’utilisation de
liaisons satellite pour connecter à Internet de petites
entreprises, des écoles, des cybercafés ou même des
foyers domestiques.
Au cours des années 90, des douzaines de plans différents
ont été avancés (surtout par les constructeurs de
satellites) pour lever ces objections afin de proposer une
connectivité facile et bon marché aux utilisateurs
d’Internet dans des zones sans câbles, comme c’est le
cas sur 99 % du territoire africain. Le manque de fonds a réduit
à néant tous ces beaux plans de connexion à Internet par
satellite, et ils ont été en grande partie remplacés par
de nouvelles technologies pour les équipements des
utilisateurs finaux. Des entreprises, comme Armstrong
Electronics en Irlande et Hughes Network Systems aux
Etats-Unis, ont développé des systèmes tels que WebSat et
DirecWay qui utilisent des satellites ordinaires, dont
certains sont en orbite depuis de nombreuses années.
L’innovation réside dans le logiciel et le matériel au
sol - en partie au niveau des grandes stations terrestres de
l’opérateur du satellite, en partie au niveau des équipements
de l’utilisateur final.
Chez lui, l’utilisateur a en fait un kit composé d’une
antenne parabolique et de divers appareils, à relier à un
ordinateur personnel. Habituellement, la parabole fait
seulement 60 cm de diamètre, sauf à la périphérie
de l’empreinte du satellite utilisé, ou dans les régions
tropicales où les pluies sont abondantes. Des paraboles
plus grandes, d’un diamètre pouvant aller jusqu’à 1,2
m, peuvent alors être nécessaires. Le reste du matériel
est soit 2 cartes à brancher sur l’ordinateur, soit 2 boîtiers
de la taille d’un modem externe, à placer entre
l’ordinateur et la parabole.
Quel est donc l’intérêt de ces nouveaux systèmes par
satellite ? Premièrement, leur prix. Les liaisons par
petits satellites existent déjà depuis plusieurs décennies,
mais elles coûtaient facilement entre 10 000 et 25 000 USD.
A l’heure actuelle, le prix du matériel nécessaire se
situe entre 1 000 et 2 000 USD.
Deuxièment, ces systèmes fonctionnent selon les principes
de l’« affectation à la demande » et de la
« facturation à la consommation ». Par exemple,
WebSat - disponible en Afrique occidentale sur le satellite
PanAmSat 1R satellite a une vitesse de transmission de 64
kilobits par seconde en liaison montante et de 400 kilobits
par seconde en liaison descendante. Autrefois, les contrats
proposés vous obligeaient à louer cette capacité 24
heures sur 24, même lorsque vous dormiez ou étiez en
vacances. C’est ce qui rendait les liaisons satellite
aussi chères. De nos jours, les fournisseurs d’accès ne
facturent à la fin du mois que le nombre de méga-octets
transmis dans un sens ou dans l’autre ; de nombreux
opérateurs assortissent cependant ce mode de facturation
d’un minimum qui tourne habituellement autour de 200 USD
par mois.
Finalement, vous avez en fait une liaison Internet et, comme
avec l’ADSL, vous êtes constamment en ligne. La connexion
satellite arrive toujours près de la dorsale Internet.
Habituellement, deux technologies différentes sont utilisées
en liaison descendante (DVB - Digital Video Broadcasting) et
en liaison montante (RCS - Return Channel via Satellite), ce
qui rend ces systèmes inadaptés à la téléphonie par
Internet.
Des systèmes tels que DirecWay, WebSat, Tachyon et
d’autres qui deviennent de plus en plus populaires en
Europe et aux États-Unis, commencent à faire leur entrée
en Afrique et dans d’autres parties du monde sous-équipées.
Pour pouvoir proposer leurs services en Afrique, les
fournisseurs d’accès doivent surmonter un certain nombre
d’obstacles. Il faut créer un système de facturation. Il
leur faut du personnel sur place pour aider à installer les
paraboles ; ce personnel doit être formé pour maîtriser
les spécificités techniques des liaisons satellite
(beaucoup plus complexes qu’une parabole télé). Il
suffit d’un écart d’un degré pour faire chuter les
vitesses de transmission. Et surtout, le fournisseur d’accès
doit louer les capacités nécessaires sur un satellite
disposant à la fois de paraboles tournées vers l’Afrique
- où se trouvent les utilisateurs potentiels - et de
paraboles tournées vers les pays occidentaux pour relier
les utilisateurs à la dorsale Internet.
Michiel Hegener est journaliste. Il publie régulièrement
des articles sur l’Internet en Afrique (e-mail : mh@nrc.nl). |