Projet « ITC + »

Le satellite et le fossé numérique

 

 
par Michiel Hegener
Source: http://ictupdate.cta.int/index.php/article/articleview/180/1/32/ 


Les beaux plans de connexion à Internet par satellite des années 90 ont été remplacés par de nouvelles technologies pour les équipements des utilisateurs finaux dans des zones sans câbles.

Trop difficile, trop cher, trop compliqué : ce sont les objections les plus fréquemment entendues au sujet de l’utilisation de liaisons satellite pour connecter à Internet de petites entreprises, des écoles, des cybercafés ou même des foyers domestiques.

Au cours des années 90, des douzaines de plans différents ont été avancés (surtout par les constructeurs de satellites) pour lever ces objections afin de proposer une connectivité facile et bon marché aux utilisateurs d’Internet dans des zones sans câbles, comme c’est le cas sur 99 % du territoire africain. Le manque de fonds a réduit à néant tous ces beaux plans de connexion à Internet par satellite, et ils ont été en grande partie remplacés par de nouvelles technologies pour les équipements des utilisateurs finaux. Des entreprises, comme Armstrong Electronics en Irlande et Hughes Network Systems aux Etats-Unis, ont développé des systèmes tels que WebSat et DirecWay qui utilisent des satellites ordinaires, dont certains sont en orbite depuis de nombreuses années. L’innovation réside dans le logiciel et le matériel au sol - en partie au niveau des grandes stations terrestres de l’opérateur du satellite, en partie au niveau des équipements de l’utilisateur final.

Chez lui, l’utilisateur a en fait un kit composé d’une antenne parabolique et de divers appareils, à relier à un ordinateur personnel. Habituellement, la parabole fait seulement 60 cm de diamètre, sauf à la périphérie de l’empreinte du satellite utilisé, ou dans les régions tropicales où les pluies sont abondantes. Des paraboles plus grandes, d’un diamètre pouvant aller jusqu’à 1,2 m, peuvent alors être nécessaires. Le reste du matériel est soit 2 cartes à brancher sur l’ordinateur, soit 2 boîtiers de la taille d’un modem externe, à placer entre l’ordinateur et la parabole.

Quel est donc l’intérêt de ces nouveaux systèmes par satellite ? Premièrement, leur prix. Les liaisons par petits satellites existent déjà depuis plusieurs décennies, mais elles coûtaient facilement entre 10 000 et 25 000 USD. A l’heure actuelle, le prix du matériel nécessaire se situe entre 1 000 et 2 000 USD.

Deuxièment, ces systèmes fonctionnent selon les principes de l’« affectation à la demande » et de la « facturation à la consommation ». Par exemple, WebSat - disponible en Afrique occidentale sur le satellite PanAmSat 1R satellite a une vitesse de transmission de 64 kilobits par seconde en liaison montante et de 400 kilobits par seconde en liaison descendante. Autrefois, les contrats proposés vous obligeaient à louer cette capacité 24 heures sur 24, même lorsque vous dormiez ou étiez en vacances. C’est ce qui rendait les liaisons satellite aussi chères. De nos jours, les fournisseurs d’accès ne facturent à la fin du mois que le nombre de méga-octets transmis dans un sens ou dans l’autre ; de nombreux opérateurs assortissent cependant ce mode de facturation d’un minimum qui tourne habituellement autour de 200 USD par mois.

Finalement, vous avez en fait une liaison Internet et, comme avec l’ADSL, vous êtes constamment en ligne. La connexion satellite arrive toujours près de la dorsale Internet.

Habituellement, deux technologies différentes sont utilisées en liaison descendante (DVB - Digital Video Broadcasting) et en liaison montante (RCS - Return Channel via Satellite), ce qui rend ces systèmes inadaptés à la téléphonie par Internet.

Des systèmes tels que DirecWay, WebSat, Tachyon et d’autres qui deviennent de plus en plus populaires en Europe et aux États-Unis, commencent à faire leur entrée en Afrique et dans d’autres parties du monde sous-équipées. Pour pouvoir proposer leurs services en Afrique, les fournisseurs d’accès doivent surmonter un certain nombre d’obstacles. Il faut créer un système de facturation. Il leur faut du personnel sur place pour aider à installer les paraboles ; ce personnel doit être formé pour maîtriser les spécificités techniques des liaisons satellite (beaucoup plus complexes qu’une parabole télé). Il suffit d’un écart d’un degré pour faire chuter les vitesses de transmission. Et surtout, le fournisseur d’accès doit louer les capacités nécessaires sur un satellite disposant à la fois de paraboles tournées vers l’Afrique - où se trouvent les utilisateurs potentiels - et de paraboles tournées vers les pays occidentaux pour relier les utilisateurs à la dorsale Internet.

Michiel Hegener est journaliste. Il publie régulièrement des articles sur l’Internet en Afrique (e-mail : mh@nrc.nl).